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Accueil du site / Uranium en Bretagne / Énergie. Un pacte électrique pour la Bretagne

LE telegramme - 29 juillet 2009

La Bretagne et Paca sont les deux régions les plus fragiles en alimentation électrique. Un « pacte électriquebreton » est en vue pour faire de la Bretagne une terre d’innovation.

La problématique de l’énergie électrique fait un retour en force dans l’Hexagone. Et particulièrement en Bretagne, région qui est, avec Paca (Provence-Alpes-Côtes-d’Azur), la région la plus fragile en alimentation électrique. La faiblesse de la production locale, l’augmentation sensible de la consommation et la situation excentrée en bout de réseau sont des caractéristiques de ces deuxrégions.

Des hivers difficiles

À la pointe bretonne, le sanctuaire du projet mort-né de Plogoff a longtemps été comme une chape de granit sur le débat. Aujourd’hui, il repart de plus belle. Avec l’éolien, l’hydrolien, le projet de centrale au fioul de Ploufragan (22), le voltaïque dans le Cap-Sizun ou le plaidoyer d’Investir en Finistère pour la construction d’une centrale thermique, l’électricité revient à la pointe de l’actualité. Elle s’impose avec d’autant plus d’acuité que les spécialistes annoncent quelques hivers difficiles et des périodes de pointe critiques, comme celle du 9janvier dernier. « En Bretagne, la consommation est montée à 17.150 mégawatts de puissance instantanée. À 17.400, le réseau flanchait ». Ce constat n’est pas fait par un responsable de RTE (réseau de transport électrique), filiale d’EDF parfois soupçonnée de noircir le tableau, mais par Jean-Paul Glémarec, délégué Énergie du conseil général du Finistère. L’élu brestois est l’un des spécialistes de la question au sein de la Conférence territoriale bretonne (Région, quatre départements, dix villes) qui s’est penchée sur la problématique électrique et vient de proposer au ministère du Développement durable un « pacte électrique breton ». Il fera l’objet d’une vaste concertation à l’automne prochain. « Nous souhaitons, à travers ce pacte, épauler le ministère et lui proposer que la Bretagne soit retenue comme terre d’innovation en matière électrique et qu’elle bénéficie de soutiens appropriés », souligne Jean-PaulGlémarec.

Énergies nouvelles : la Bretagne bien placée

Réticente face à des projets de centrale thermique qui heurtent une partie de l’opinion publique(voir ci-dessous), cette conférence territoriale propose au ministère d’agir sur trois fronts. « D’abord, un engagement fort dans la maîtrise de la consommation d’énergie dont la Bretagne pourrait être une vitrine, indique Jean-Paul Glémarec. Dans ce domaine, nous sommes très en retard par rapport à d’autres pays alors que les économies sont un véritable gisement. Nous pouvons épauler des procédés comme Ecowatt (alerte SMS en période de pointe), ou encore le procédé Voltalis de baisse automatique de consommation sur certains appareils » (procédé fortement contesté par EDF !). « Nous souhaitons également que la Bretagne soit terre de recherches sur les énergies renouvelables, puisqu’avec la mer, le vent et la biomasse, elle est en position très favorable. Et bien sûr, que tout cela aboutisse à de l’expérimentation grandeur natureà laquelle la conférence territoriale est prête à s’associer ». Ce projet de « pacte breton » a été déposé au ministère où il a reçu un premier bon accueil. À l’automne, on saura si le courant passe.

* René Perez


« Construire une centrale n’a pas de sens aujourd’hui »

La problématique bretonne résulte d’un effet de ciseau : une faible production en bout de réseau et une consommation qui augmente plus vite que la moyenne nationale. « C’est vrai que notre consommation est en hausse sensible (+2,5%, contre 1,8%) parce que la Bretagne est plus équipée en chauffage électrique et en pompes à chaleur qui tirent sur le réseau par grand froid », souligne Jean-Paul Glémarec. Les courbes démographiques n’y sont pas étrangères, non plus, sachant que les seniors constituent le gros des arrivants et qu’ils consomment plus de chauffage que les jeunes.

En 2020, 1.000 MgW venus de la mer

Comment faire face à la situation en période de pointe, notamment dans la zone de Saint-Brieuc, réputée la plus fragile ? Le projet de centrale thermique gaz et fioul (200 Mégawatts) de Ploufragan, initié par l’État, a du plomb dans l’aile. Il se heurte à de fortes réticences des écologistes et d’une opinion publique de plus en plus hostile à la consommation d’énergies fossiles. L’association Investir en Finistère a, elle aussi, lancé un projet similaire à la pointe bretonne mais il semble bien plus intéresser les milieux économiques, sensibles aux risques de rupture d’alimentation, qu’une population élevée depuis des décennies dans le culte du tout électrique. Sur ce point, Jean-Paul Glémarec est formel : « Construire une centrale au fioul ou au gaz n’a pas de sens aujourd’hui ! Nous savons que nous avons quelques années difficiles devant nous jusqu’à 2020 où nous comptons beaucoup sur la mer. Entre l’éolien marin, l’éolien offshore, l’hydrolien sous-marin, l’énergie de la houle et autres procédés, nous pensons que la Bretagne pourrait produire au moins 1.000mégawatts à l’horizon 2020. Jusque-là, notre pacte électrique préconise de réaliser 200 MgW d’économies, en lançant un véritable plan régional, et 200MgW de productions nouvelles, en allant chercher les énergies partout où elles se trouvent. Ycompris, par exemple, chez les serristes. C’est un dispositif d’ensemble que nous devons mettre en oeuvre si nous voulons nous passer d’une centrale à Ploufragan ou ailleurs. Et en dernier ressort, s’il faut en construire une, nous pensons qu’elle peut être très sous-dimensionnée par rapport au projet présenté ».

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