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Accueil du site / Centrale de Brennilis / Nucléaire pas cher : la fin du rêve

http://www.lexpress.fr/actualite/environnement/nucleaire-pas-cher-la-fin-du-reve_914817.html

Si on intégrait le coût du démantèlement des centrales pour calculer le prix du kWh nucléaire, on aurait bien des surprises... La chronique d’Angélie Baral.

Les tarifs de l’électricité augmentent, alors que l’Etat et EDF nous affirment depuis des années que notre production nucléaire est le procédé le plus rentable économiquement, dans un contexte où l’Union européenne fait pression pour ramener nos tarifs (inférieurs d’un tiers environ) à la moyenne européenne.

La vérité vient d’ailleurs... rapportée par Bruno Léchevin lui-même, médiateur national de l’énergie : la hausse répond aux besoins d’investissements pour renouveler ou prolonger le parc des centrales nucléaires ou financer les énergies renouvelables.

Investir dans la production d’électricité verte, vraiment ? Rappelons que, selon les organisateurs du Prix Pinocchio, la campagne de communication d’EDF sur les énergies renouvelables en 2009 a coûté plus cher que les dépenses en recherche et développement (R&D) du groupe en la matière... Ne s’agirait-il pas surtout de combler au plus vite son retard à constituer des fonds pour financer le démantèlement des centrales ? Fin décembre dernier, ces derniers se montaient à 11,4 milliards d’euros, loin du minimum de 20 milliards d’euros préconisé par la Cour des comptes, la plupart des 58 centrales du parc actuel arrivant en fin de vie dans les deux décennies à venir.

Cela revient à un coût de déconstruction de 345 millions d’euros par centrale. Prix de la facture pour celle de Brennilis en Bretagne : 482 millions. Ça commence mal. EDF répond qu’il s’agissait d’un ancien modèle et que le démantèlement, commencé en 1985, était expérimental. Mais à cette époque, il n’y avait pas autant de réglementations environnementales ni de processus de concertation à respecter (tâcher d’implanter un site de stockage tient désormais de la gageure). Cela complique grandement les procédures et les factures peuvent grimper très vite, d’autant qu’il n’est plus question d’essayer de refourguer nos déchets aux pays émergents (imaginez les tonnes de gravats radioactifs par réacteur, pas facile de les caser...).

Pour toutes ces raisons, les coûts globaux de démantèlement pourraient facilement doubler, ce que redoutent nombre d’experts.

En d’autres termes, si le prix actuel de notre kWh était juste, si vraiment le nucléaire n’était pas cher, ces 20 ou 40 milliards seraient intégrés depuis longtemps, ce qui n’est pas le cas. Un peu facile ensuite d’affirmer que le kWh solaire ou éolien est plus cher alors qu’il reflète le coût réel de l’électricité ainsi produite, tout comme le prix du kWh chez nos voisins. Comparons ce qui est comparable !

Au final, le slogan du nucléaire pas cher est un leurre qui a endormi les français depuis des années. Il va désormais falloir se réveiller et payer la facture. Voyons le bon côté des choses : c’est une occasion de plus de faire des économies d’énergie !

Angélie Baral est directrice de Greenvibes, agence de veille et conseil en Environnement, éditrice de la plateforme Urbiz.fr de veille en écologie urbaine et blogueuse (Un geste par jour).

Sources : "Combien coûtera le démantèlement du nucléaire ?", L’Expansion (7 janv. 2010).

"Le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des déchets radioactifs", rapport de la Cour des compte (2005) (ici en PDF). EDF, lauréate du prix Pinocchio du greenwashing, 2009.

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