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Accueil du site / Base de l’ILE LONGUE / [presse] 1970, l’Ile Longue accueillait le Redoutable

Mercredi 1er Décembre 2010 - OUEST FRANCE

La décision avait été prise par le général de Gaulle dans le plus grand des secrets, en juin 1965. Le décret n’avait même pas été publié au Journal officiel. Normal. C’était en pleine guerre froide. Ce décret portait création d’un site pouvant accueillir des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, et tout ce qu’il faut pour la maintenance des navires et de leurs missiles.

L’Ile Longue avait été choisie pour son emplacement idéal : face au plus grand port militaire français, Brest, enclavée dans une rade surprotégée depuis que Vauban l’avait maillée de fortifications, elle convenait pour des raisons d’espace et de nature du sol.

Non aux expropriations

Louis Jacquin, le maire de Crozon à l’époque, n’avait pas été consulté. « Le préfet maritime nous avait appelés, moi et mon adjoint, pour nous apprendre que l’Ile Longue allait être entièrement utilisée par la Marine pour devenir l’abri ses sous-marins atomiques », raconte-t-il.

La dizaine de familles qui y vivaient, les carrières de pavés qui s’y trouvaient n’avaient plus qu’à plier bagage. Si manifestations il y eut, ce fut pour faire monter les enchères des indemnisations. La contestation anti-nucléaire et pacifiste n’existait pas encore. Crozon y gagna son port de Morgat et son hôpital local, pas son lycée.

Travaux colossaux

Les travaux débutés en 1967 furent colossaux : labourée par des centaines d’engins, l’Ile Longue fut arasée de 12 m. Aucune terre ne partit de l’île, tout fut recyclé en béton. Les 1 500 ouvriers qui y travaillaient gagnèrent 30 ha sur la mer. 60 000 m3 de béton y furent coulés pour construire deux bassins couverts par 6000 tonnes d’acier pouvant accueillir six navires.

Arme redoutable

Le premier sous-marin à accoster à l’Ile Longue fut le Redoutable, en octobre 1970. Armé de 16 missiles emportant chacun six têtes nucléaires (chacune fait dix fois la puissance d’Hiroshima), il sera suivi de quatre autres exemplaires. En principe indétectable, mobile, muni d’une charge de destruction redoutable, ce type de sous-marin est le fer de lance de la dissuasion nucléaire française. Nouveaux missiles

Depuis 2003, de lourds travaux ont été menés à l’Ile Longue pour adapter le site au nouveau missile M51, plus lourd, plus large et pouvant porter plus loin, à 8 000 km au lieu de 6 000. Une adaptation qui a coûté 260 millions d’euros. Pacifistes

Le Terrible, premier sous-marin neuf adapté à ces nouvelles armes, est arrivé à Brest fin octobre. C’est cela que viendra saluer Alain Juppé pour sa première visite officielle. Et aussi cela que viendront contester des pacifistes qui estiment qu’avec cette nouvelle arme, la France est loin de répondre au traité de non-prolifération des armes nucléaires.

Philippe ATTARD. Ouest-France

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