Autres articles dans cette rubrique

Recherche

Accueil du site / A la une... / [presse] Michel Marzin. « Il faut sortir du nucléaire »

Le télégramme - 20 mars 2011

Hier matin, l’ancien salarié du nucléaire Michel Marzin a dit, au nom d’un collectif morlaisien (*) , son soutien au peuple japonais. Un appel qui s’est accompagné d’une minute de silence « contre le nucléaire ».

Porte-parole des Verts du pays de Morlaix, Michel Marzin, 73 ans, a effectué toute sa carrière professionnelle dans le nucléaire. C’est lui qui a pris la parole, au nom du collectif qui s’est rassemblé devant la mairie, hier.

Hormis votre soutien au peuple japonais, quel message souhaitez-vous aujourd’hui adresser à la population locale, concernant le risque nucléaire ? Il faut être intelligent et refuser de se fier à tous les chiffres contradictoires que l’on nous donne depuis la catastrophe nucléaire au Japon. On est en train de nous embrouiller, de mélanger les notions d’irradiation et de contamination... Or, il faut faire simple. C’est une catastrophe majeure, et on le sait, des milliers d’habitants (et pas seulement les pompiers actuellement engagés sur le site) vont en mourir dans les mois et les années qui viennent. Ce sont les plus faibles, et les enfants notamment, qui vont majoritairement souffrir. Dans cette optique, il faut réagir, se mobiliser pour rappeler que, bien sûr, il existe d’autres solutions que le nucléaire !

Pensez-vous que les autorités minimisent le risque nucléaire en France ? La France est le pays le plus nucléarisé du monde, et le président Sarkozy nous dit que grâce au système de protection à double coque des centrales nouvelles générations, le nucléaire français est aussi le plus sûr du monde. C’est faux ! Le danger est aussi présent qu’ailleurs ! À Fukushima, une double coque n’aurait en rien évité l’incendie d’hydrogène et ses conséquences. Des moyens préventifs existaient (comme construire une enceinte de protection plus haute, par exemple), mais pour ne pas dépenser plus d’argent, les exploitants se sont abstenus. Pire : les moteurs diesel qui auraient dû être capables d’alimenter immédiatement les groupes électrogènes de secours étaient installés au niveau de l’eau. Cela paraît complètement aberrant et fou !

Qu’est-ce qui vous vaut d’être porte-parole du collectif aujourd’hui ? En tant qu’ancien technicien du nucléaire, chargé (de 1966 à 1994) du combustible sur la centrale nucléaire de Brennilis, j’ai suffisamment connu ce que j’appelle aujourd’hui « la m... nucléaire », pour en parler. Beaucoup de mes anciens collègues sont décédés prématurément. EDF s’est toujours appuyé sur le fait qu’il n’y a pas eu de plaintes, mais il est reconnu que le réacteur a rejeté du tritium, un élément radioactif, pendant des années. Des incidents, j’en ai vécu plusieurs pendant ma carrière, preuve que le risque nucléaire existe, en fait, partout. Dans ce contexte et vu l’actualité japonaise, il faut plus que jamais, à mon sens, se demander comment sortir de ce traquenard. Il faut remettre en oeuvre la démocratie et l’intelligence collective. Et exiger, coûte que coûte, d’être correctement informés sur le nucléaire et ses dangers...

* Composé de Sortir du nucléaire, Attac, Sauvegarde du Trégor, Europe Écologie-Les Verts, NPA, Partie de gauche et Utopia.

* Propos recueillis par Sophie Prévost

Répondre à cet article