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Accueil du site / Centrale de Brennilis / [presse] Brennilis. Au coeur de la centrale nucléaire

Le télégramme - 5 avril 2011

Dès aujourd’hui, et jusqu’à samedi prochain, EDF ouvre grand les portes de ses installations nucléaires de Brennilis. Avant le grand public, nous avons pu pénétrer dans l’enceinte du réacteur. Quarante-cinq minutes de visite, dans une ambiance plombante.

« Rien à voir avec le drame au Japon ». En poste depuis septembre dernier, Jean-Christophe Couty, le directeur du site, est catégorique. « Ces portes ouvertes, organisées dans le cadre des Semaines de l’industrie, étaient prévues depuis longtemps. Et on avait déjà 80% de réservations avant les événements de Fukushima ». Toute cette semaine, 200 curieux vont donc visiter les installations de la centrale des monts d’Arrée. Pour EDF, cette opération de communication vise à dédramatiser l’opération de démantèlement qui a fait, et fera encore, couler beaucoup d’encre. Après une petite heure d’explication de textes sur l’historique de la centrale et de ce démantèlement mouvementé, nous approchons du fameux dôme grisâtre. En haut d’une nacelle, des ouvriers s’affairent sur l’immense enceinte de confinement en béton armé, de 46m de diamètre, 56m de hauteur et, surtout, 60cm d’épaisseur. « Vous voyez, les travaux de maintenance ne s’arrêtent jamais », souffle M.Couty. Mais nous voici déjà devant la porte d’entrée principale du blockhaus, direction les vestiaires, où l’on est invité à se déshabiller de la tête au pied. En caleçon, chacun revêt une tenue blanche, dite de circulation. Le badge dans une poche, le dosimètre dans l’autre, on est fin prêts à rejoindre l’enceinte du réacteur, un monde confiné où l’air que l’on respire est renouvelé toutes les deux heures.

99,9% de la radioactivité déjà enlevée

Passé l’ultime sas, on est loin du grand frisson, plutôt un sentiment étouffant. Le vrombissement des ventilateurs est assourdissant. Mieux vaut s’être désaltéré et être passé à la pause pipi, car ici, il est trop tard. On s’acclimate peu à peu. Ce qui surprend au départ, c’est le vide ambiant. Beaucoup de machines ont disparu. On se rappelle qu’avant l’arrêt du démantèlement, en 2007, 50% des déchets, dont l’ensemble des systèmes électromagnétiques, avaient déjà été évacués. Au-dessus de nos têtes, des tuyauteries sont marquées au feutre rose. Pour d’autres pièces, c’est une autre couleur. À chacune correspond un protocole précis. Le cheminement par la droite nous conduit devant le bloc réacteur. On lève les yeux. C’est là que se trouve la cuve en acier inoxydable, qui contenait l’eau lourde et était traversée par 216tubes de force horizontaux en zircaloy où circulait le gaz carbonique de refroidissement. Avec les écrans latéraux, c’est la partie la plus sensible de l’installation, où se trouvent les éléments les plus actifs. « Tout le reste, soit 99,9% de la radioactivité, a été enlevé avec le déchargement du combustible, la vidange, le rinçage et le séchage des circuits opérés entre1985 et1992 », rappelle notre guide. Reste que pour déconstruire cet immense puzzle, il faudra entre cinq et sept ans. L’homme n’interviendra pas. En lieu et place, des robots, qui dirigeront chaque pièce vers un atelier, avant que les déchets ne soient dirigés vers un bâtiment de transit, où ils seront chargés dans des camions.

16 colonnes d’acier de 37 tonnes

Plus loin, difficile d’ignorer cet alignement de 16 immenses colonnes d’acier de 20m de hauteur. Chacun pèse 37 tonnes ! Ce sont les échangeurs de chaleur. Le gaz chaud circulait à l’extérieur des tubes et transformait l’eau en vapeur, ce qui permettait ensuite d’entraîner la turbine et fournir l’électricité. Aujourd’hui, ils sont vidés de tout fluide et isolés. Mais il faudra tout de même construire un atelier pour mener, pas à pas, chaque démontage. « Autant que la déconstruction, ce sont les travaux préparatoires qui prennent beaucoup de temps », confirme le directeur.

Des risques de chute On grimpe plusieurs escaliers. Leur étroitesse nous surprend. De quoi, sans aucun doute, compliquer encore les opérations. Jean-Christophe Couty ne le nie pas. « Le risque principal, est celui d’une chute du personnel, ou de matériaux. Mais tout ça est pris en compte ». Là-haut, sous la coupole, on domine le bloc réacteur et on peut voir l’extrémité des tiges qui pénétraient en son sein. La radioactivité peut atteindre 0.025 milliSievert (mSv) par heure. Un petit coup d’oeil sur le dosimètre : il n’a pas bougé de zéro. La fin de la visite approche. Il reste encore les escaliers à descendre et trois sas successifs à passer, avec un niveau de détectabilité qui s’affine à chaque fois. Ouf, enfin à l’air libre ! Et on l’avait presque oublié : il fait grand soleil sur les monts d’Arrée.

Jean-Luc Padellec


Déchets radioactifs.10.000 tonnes minimum

Sur les 67.000 tonnes de déchets qui restent à évacuer, 57.000 tonnes sont des déchets conventionnels non radioactifs, dont plus de 42.000 t de béton, 7.000 t de déchets industriels banals, et 4.600 t de déchets métalliques. Restent donc 10.000 tonnes de déchets radioactifs. Mais les nouvelles installations, qui seront érigées pour réaliser le démantèlement, sont aussi susceptibles de devenir des déchets radioactifs. EDF espère toutefois réduire au minimum ces nouvelles infrastructures, en utilisant les zones de dégagement libérées par la première phase de démantèlement.


Exposition.10 milliSievert par an maximum

L’exposition maximale des travailleurs qui interviendront dans les phases de démantèlement est définie selon la démarche ALARA (« As low as reasonably achievable », autrement-dit : « aussi bas que raisonnablement possible ». Définie par un décret de 2003, cette exposition ne doit pas dépasser 20 milliSievert par an en tenant compte de l’exposition interne et externe. EDF assure avoir pris une marge supplémentaire par rapport à cette norme, en fixant une limite de 10 mSv par an pour la conception des différents postes de travail. C’est sous la coupole (notre photo), située au-dessus du réacteur, que l’on trouve le taux de radioactivité le plus fort.


« On veut épargner les générations futures »

Directeur du site depuis septembre dernier, Jean-Christophe Couty explique pourquoi EDF souhaite privilégier un démantèlement immédiat.

Des associations écologistes reprochent à EDF de vouloir reprendre ce démantèlement à marche forcée. Que leur répondez-vous ? On veut démanteler au plus vite mais pas dans la précipitation. Objectivement, il n’y a plus de raisons d’attendre. La filière d’évacuation existe, y compris pour les 50 tonnes de déchets de type MA-V (moyenne activité à vie longue) qui seront entreposées dans l’installation de conditionnement et d’entreposage des déchets activés qui sort de terre actuellement à Bugey, dans l’Ain. Ce site sera terminé en 2014, juste avant que l’on s’attaque au bloc réacteur de Brennilis.

Quels autres arguments pouvez-vous avancer ? L’argument principal est qu’on ne veut pas reporter la charge de cette opération sur les générations futures. Mais il y en a au moins deux autres : le premier est que l’on souhaite bénéficier de la mémoire collective. Il faut savoir que sur les 40 salariés encore sur site, pour la maintenance de la structure, la moitié a connu la phase d’exploitation de la centrale. Si l’on attend encore, ce personnel ne sera plus là et on risque de perdre des informations relatives à la conception et à l’exploitation de l’installation. On a beaucoup d’archives, avec beaucoup de données mais rien ne remplacera la connaissance des hommes. Et puis, autre argument, je rappelle que le démantèlement immédiat est une préconisation des membres de l’Autorité de sûreté nucléaire, qui sont les gendarmes du nucléaire.

Ne craignez-vous pas, aussi, un vieillissement des installations ? Il est clair que les installations vieillissent, même si elles sont surveillées quotidiennement. Il y a d’ailleurs des travaux en ce moment pour consolider le parement d’enceinte. Cela, pour garantir la sécurité des gens qui circulent en dessous. Donc, oui, même si ce n’est pas notre premier argument, cela en fait partie.

Vous semblez confiant quant à une reprise du démantèlement après l’été. Les événements au Japon ne risquent pas de contrecarrer vos plans ? On ne le souhaite pas, le dossier suit son cheminement normal, et rien n’indique que l’État ne signera pas l’arrêté d’ici l’été pour la reprise du démantèlement dans la foulée.

Ce démantèlement est une première. N’est-ce pas aussi un marché qui s’ouvre pour EDF ? Peut-être qu’un jour, ce démantèlement sera valorisé ailleurs. Mais pour l’heure, ce n’est pas le souci premier d’EDF. Notre préoccupation du moment, c’est de rendre ce site nu et assaini entre2020 et2025.

Propos recueillis par J.-L.P.

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