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Accueil du site / A la une... / [presse] Japon. Tepco recrute des « liquidateurs » pour la centrale de Fukushima

OUEST FRANCE - 4 avril 2011

Tepco (Tokyo Electric Power Company), l’opérateur de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima, recrute des « liquidateurs ». Le terme, utilisé en ex-URSS, pendant la catastrophe de Tchernobyl, désigne les personnels civils et militaires intervenant après un accident nucléaire.

Plus de trois semaines après le séisme et le tsunami, qui ont causé l’arrêt des circuits de refroidissement de la centrale, le risque d’une catastrophe nucléaire majeure n’est toujours pas écarté à Fukushima. Les rejets radioactifs continuent et au moins 19 travailleurs ont été blessés par irradiation.

Il faudra des années, voire des décennies, pour nettoyer le site.

« On m’a proposé 1 750 € par jour : j’ai refusé… »

Tepco proposerait jusqu’à 3 500 € la vacation, selon l’agence Reuters. Mission du liquidateur : se rendre dans les zones les plus exposées à la radioactivité, afin de procéder à des réparations.

« Ma société m’a offert 200 000 yens (environ 1 750 €) par jour, confie un employé d’une compagnie de sous-traitance d’une trentaine d’années à l’hebdomadaire japonais Weekly Post. En temps normal, j’aurais pris ça pour un boulot de rêve, mais ma femme a fondu en larmes et m’a dissuadé, alors j’ai refusé… »

« Pour être franc, personne ne veut y aller »

Il y a pourtant des travailleurs prêts à accomplir cette périlleuse mission à Fukushima : c’est le cas d’Hiroyuki Kohno, 44 ans, contrôleur de radioactivité. Trois semaines après avoir vu le tsunami dévaster la centrale de Fukushima où il travaillait, il vient d’accepter d’y retourner.

« Pour être franc, personne ne veut y aller, déclare-t-il. Les niveaux des rayonnements dans la centrale sont très élevés, incroyablement élevés comparé aux conditions normales. Je sais qu’en y allant cette fois, je reviendrai avec un corps qui ne sera plus capable de travailler dans une centrale nucléaire. »

Célibataire et sans enfant

Cela fait une dizaine d’années que M. Kohno travaille à la centrale Fukushima Daiichi (N° 1). Quand le 11 mars, le séisme de magnitude 9 suivi d’un puissant tsunami a mis hors service les installations, il a quitté les lieux et a trouvé refuge dans un centre d’hébergement d’urgence à Kazo, au nord de Tokyo.

Quinze jours après, il a reçu un e-mail de son employeur, une filiale de la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), gestionnaire de Fukushima. « Nous souhaiterions que vous veniez travailler à la centrale, disait le message. Le pouvez-vous ? »

Célibataire et sans enfant, Hiroyuki Kohno a senti qu’il était de son devoir d’accepter la mission.

« La rotation des équipes devient de plus en plus difficile »

Exposés à d’énormes doses de rayonnements ionisants, dont le plafond a même été relevé par les autorités nippones étant donné le contexte d’urgence, les personnels intervenant à Fukushima doivent être régulièrement remplacés.

« La rotation des équipes devient de plus en plus difficile et mes amis ont des familles à revoir », explique le technicien.

Aîné d’une fratrie, Hiroyuki Kohno a dû annoncer à ses parents qu’il se préparait à partir pour Fukushima. Il l’a fait en minimisant à dessein les risques qu’il allait courir. Mais il n’a réussi à tromper personne. Son père, qui a aussi travaillé de longues années à Fukushima, lui a dit de n’écouter que son cœur, tandis que sa mère lui a simplement lancé : « Reviens aussi vite que tu pourras ! »

« Nous n’avons pas l’intention de mourir, mais de sauver le Japon »

M. Kohno s’attend à travailler dans l’unité de contrôle de la centrale, où il devrait recevoir, chaque heure, la dose de rayonnements qu’une personne reçoit en moyenne en une année ! Mais il confie penser d’abord à soulager ses collègues sur place : « Il existe une expression en japonais : Nous mangeons tous dans le même bol. Ce sont des amis avec qui j’ai partagé mes peines et mes joies. C’est pour cela que j’y vais. »

« Nous nous disons que le Japon a été profondément ravagé lors de la deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui le Japon est à nouveau brûlé dans sa chair. Même si le terrain de lutte est différent, nous sommes les kamikazes des temps modernes, affirme M. Kohno. Nous n’avons pas l’intention de mourir mais de sauver le Japon. »

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