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Accueil du site / Presse / Simulation d’un « impossible » accident nucléaire

Ouest France - Bretagne - Mercredi 30 Avril 2008

La Marine nationale a entrouvert la base des sous-marins de l’Île Longue à la presse, lors d’un exercice de sécurité sur ce site ultrasecret qui concentre 80 % de l’arsenal nucléaire de la France.

« Si ça pète à l’Île Longue, on n’aura pas l’occasion d’en reparler ! » À Brest ou dans la presqu’île de Crozon, là où est implantée la base de l’Île Longue, chacun se rassure ainsi, sur le mode fataliste, à l’évocation du terrifiant arsenal qui y est stocké. Ici, les trois (bientôt quatre) sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) viennent embarquer leurs 16 missiles portant chacun 6 têtes nucléaires. Voilà pour les armes.

Et, au... rayon nucléaire de l’Île Longue, il faut ajouter le réacteur, véritable centrale nucléaire « miniature », qui propulse chacun des submersibles. Tout est-il réuni pour un cataclysme nucléaire ? « Im-po-ssi-ble ! » La Marine l’a dit et redit à la presse, conviée à assister à « ILO 2008 », exercice de sécurité nucléaire auquel doit se soumettre, chaque année, tout « exploitant » - eh, oui, c’est le terme - d’installations nucléaires.

L’exercice, de niveau national, permet à toutes les acteurs concernés, la Marine dans sa base, la Préfecture pour la zone civile, les services de secours, les spécialistes du nucléaire et de la décontamination, de tester les procédures d’intervention sur la base d’un scénario catastrophe.

Quelque part dans la zone « rouge » de l’Île Longue, celle où l’on prépare le chargement ou le déchargement des missiles à bord des SNLE, un camion, transportant une tête nucléaire, a pris feu. Le conteneur transportant la « bombe » est tombé et s’est ouvert. Les pompiers, retardés par une autre intervention, n’ont pas maîtrisé le feu de carburant suffisamment vite : 50 g de plutonium sont partis dans l’atmosphère. Et le vent d’Est a pu disperser des particules vers les zones habitées du Fret et de Crozon.

« Un scénario extrêmement tiré par les cheveux, commente le contre-amiral Josse, mais nous nous entraînons à l’inacceptable en imaginant l’invraisemblable. »

Aucun blessé en 40 ans

Commandant de SNLE, le capitaine de vaisseau Franck Magarian décrypte les invraisemblances : « Le gasoil ne prend pas feu ; les conteneurs utilisés peuvent résister à une chute de dix mètres et à un feu intense pendant 30 minutes. Une arme nucléaire ne peut pas exploser ainsi. C’est physiquement impossible. Le plutonium est un métal lourd. En cas de dispersion, les particules retomberaient très vite. »

Les calculs sont mêmes d’une curieuse précision pour un profane : au-delà de 2 875 m, les particules radioactives seraient « en dessous des normes admises ».

Le médecin chef de la base, Michel Croq insiste : « En 40 ans, nous n’avons jamais eu un blessé radiocontaminé. » Le patron de l’Île Longue, où travaillent 2 400 militaires et civils, a une crainte plus banale : « Je redoute plus qu’une personne tombe à l’eau dans un bassin qu’un accident nucléaire. » Côté civil, est-on rassuré ?Hier matin, les sirènes, supposées alerter la population qui doit alors restée confinée, étaient inaudibles au Fret, le petit port le plus proche de l’Île Longue. « À revoir », admet la préfecture.

L’exercice avait été précédé d’un travail d’explication au début du mois. « La population a apprécié que les autorités militaires se déplacent, commente Daniel Moysan, maire de Crozon. Quelque chose de nouveau se passe dans la presqu’île. » Le scénario tablait sur 50 g de plutonium envolé. Mais combien en contient une tête ? « Secret défense ! »

Yannick GUÉRIN.