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Accueil du site / Presse / Nucléaire. Ouf, ce n’était qu’un exercice

Le télégramme - Mercredi 30 Avril 2008

Si une simulation doit permettre d’identifier les lacunes d’un dispositif d’urgence, alors, l’opération de sécurité nucléaire organisée hier, en presqu’île de Crozon, est un succès.

Heureusement, ce n’était qu’un exercice. Aucun missile à tête nucléaire n’a réellement explosé, hier matin, en presqu’île de Crozon. D’ailleurs, les militaires assurent que la probabilité qu’un tel accident se produise sur le site de la base de l’Ile-Longue est extrêmement faible, voire inexistante (Lire ci-dessous).

Sirène muette Début avril, à Crozon, Maurice Barrat, le directeur de cabinet du préfet, avait également assuré que les trois coups de sirène, synonyme de signal d’alerte, seraient entendus et reconnus par tous les citoyens résidant dans le périmètre de sécurité. C’est-à-dire à moins de 2.875 m du lieu de la fausse explosion. Eh bien non. Hier matin, peu après 8 h 30, les sons de la fameuse sirène n’ont été perçus que par une minorité des 800 habitants de la zone théoriquement affectée. Bernard Copin en faisait partie : « J’étais sur la cale de Roscanvel. J’ai entendu la sirène en tendant l’oreille. Mais dans une maison on n’entend pas, c’est certain ».

Selon les autorités militaires, « les conditions météorologiques et particulièrement le vent fort » expliquent ce dysfonctionnement. Un problème que Marguerite Kervella, responsable du service de défense et de protection civile de la préfecture, minimise : « Dans le cas d’un accident réel, les pompiers auraient fait le tour de tous les quartiers en voiture pour avertir la population ». Ce dispositif-là n’a pas encore été testé...

Alerte minimum Admettons que le signal d’alerte fonctionne, que les 800 habitants, bien prévenus, se soient effectivement cloîtrés chez eux en fermant bien leurs volets afin d’éviter tout contact avec des particules radioactives. On pourrait alors, comme cela a été le cas hier, passer à la seconde phase de l’opération : l’étude d’impact. Vers 10 h 30, huit pompiers formés à la sécurité nucléaire ont entrepris de réaliser des relevés de radioactivité sur une dizaine de points, en limite de zone, sous le regard attentif de trois salariés d’Areva dépêchés sur place. Le but ? « Il faut bien comprendre qu’à l’intérieur de leurs maisons les habitants ne risquent rien. Mais si à l’extérieur le taux de radioactivité s’avère très élevé, il nous faut alors organiser leur évacuation », explique Marguerite Kervella. En clair : mettre en place une sorte de corridor sanitaire afin d’éviter tout contact avec un élément radioactif. Ce dispositif est-il au point ? Impossible de le savoir. Le scénariste de l’exercice a choisi de prêter à cet accident de faibles répercussions. L’état d’alerte a donc été levé, sans autres restrictions, en début d’après-midi. Premières conclusions Si cette journée a permis aux pompiers, aux gendarmes et aux services de l’État de s’exercer à une intervention d’urgence grandeur nature, a-t-elle rassuré la population de la presqu’île ? Toutes les personnes résidant dans la zone à risque pourront donner leur avis en remplissant un questionnaire. Les services de l’État et les autorités militaires s’en serviront pour apporter les améliorations nécessaires à ce dispositif d’urgence. Hier soir, en préfecture maritime, l’installation « d’une sirène du XXI e siècle » sur l’Ile-Longue a d’ores et déjà été envisagée. Un point noir en moins. Vincent Lastennet

« Tout est sous contrôle » Le risque nucléaire autour de l’Ile-Longue ? « Extrêmement faible, pour ne pas dire infinitésimal », selon les autorités militaires qui disent parfaitement maîtriser leur sujet. Plus de 85 % de la force de frappe nucléaire française est stockée et entretenue à l’Ile-Longue. En plus des trois jeux de 16 missiles M45 qui équipent les sous-marins de la force de dissuasion, s’ajoutent les récents M51, actuellement assemblés à Guenvenez (une cinquantaine en prévision) et les chaufferies nucléaires du ou des deux sous-marins qui ne sont pas en patrouille.

Des yeux partout Cette phénoménale concentration nucléaire, près de l’énorme quantité de propergol, le carburant nécessaire à la propulsion de ces « petites fusées Ariane » a de quoi inquiéter. « Mais nous avons mis en place de telles procédures de sécurité, entouré nos activités de tant de précautions, que le risque d’incendie ou d’explosion est quasi inexistant », assurent les militaires. Une mauvaise manipulation d’un employé ? « Inconcevable, puisqu’ils travaillent toujours en équipe (trois personnes minimum) avec un contrôleur chargé de veiller au respect des procédures ». Une malveillance de la part de l’un d’eux ? « Le personnel est scrupuleusement sélectionné. Qualification, moralité et entourage sont régulièrement vérifiés ». Au moindre changement, les gendarmes maritimes rouvrent le dossier des intéressés. Une mauvaise intention lors de la manutention d’un missile ? Des hommes en armes encadrent les opérations les plus délicates.

Capables de supporter le crash d’un avion On pense alors à la menace terroriste extérieure. « Même pas peur », répondent les militaires ; les tout nouveaux bâtiments dédiés au montage du M51 à Guenvenez sont prévus pour supporter jusqu’au crash d’un avion de ligne. Et l’attaque d’un avion de chasse ou le tir d’un missile ? Le dispositif de surveillance de l’espace aérien est jugé fiable. Et en cas d’accident de chaufferie nucléaire ? Là aussi, les militaires se font rassurants. « Le périmètre concerné ne dépasserait pas celui de la base » assurent-ils même si aux problèmes de contamination s’ajouteraient d’évidentes radiations qui toucheraient marins et personnels aux premières loges.

Plus risqué que le feu nucléaire : l’accident de chantier D’après les spécialistes de l’atome, un incendie ou une explosion ne suffirait pas à déclencher le feu nucléaire des têtes de missile, le risque éventuel se limitant à une dispersion de matières radioactives après l’explosion d’une importante quantité de carburant (l’exercice d’hier). Dans ce cas, le plutonium pulvérisé des têtes nucléaires retomberait en pluie de particules lourdes et de poussières dans un rayon maximum de 3 km. « Mais il faudrait terriblement jouer de malchance », expliquaient, hier, les responsables de l’exercice. Alors, pourquoi l’organiser et mobiliser autant de personnel (1.500 personnes) ? « Parce que la sécurité nucléaire ne s’apparente à aucune autre » expliquait le commandant de L’Ile-Longue Philippe Guégan. « Et parce qu’un scénario hautement improbable comme celui-ci permet de solliciter un maximum de professionnels, sur un site qui n’a jamais connu d’accident nucléaire depuis son démarrage, il y a 38 ans ». Le plus gros risque ? L’accident de manipulation ou de chantier, comme c’est déjà arrivé à Guenvenez, en février 2005. Deux ouvriers succombaient à une chute de plusieurs mètres de la dalle en béton sur laquelle ils travaillaient.

Forum

  • Nucléaire. Ouf, ce n’était qu’un exercice

    8 mai 2008, par guytou le havre

    quand on voit comment ont ete traites et suivis medicalement les veterans des essais nucleaires, on ne se pose pas de questionsur l’humanisme et l’honnetete de la grande muette et de nos dirigents