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Accueil du site / Presse / Alerte radioactive à la centrale nucléaire de Krsko, en Slovénie

CRIIRAD - Communiqué du 5 juin 2008

La CRIIRAD a reçu de nombreux appels et mails concernant la fuite survenue sur le circuit primaire de la centrale nucléaire de Krsko, en Slovénie.

Nous tenons à rassurer nos adhérents : notre réseau de balises de surveillance de la radioactivité n’a détecté aucune contamination et les informations qui commencent à nous parvenir sont plutôt rassurantes. Nous restons cependant vigilants.

Nous avons relevé de nombreux dysfonctionnements dans l’information diffusée par les services officiels et la procédure d’alerte.

Le texte ci-dessous vous donnera les détails de notre analyse.

Plusieurs communiqués ont été publiés depuis hier, par les autorités slovènes, la Commission européenne et l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) concernant la fuite survenue sur le circuit primaire de la centrale nucléaire de Krsko, en Slovénie.

L’analyse de leur contenu est consternante. Vingt-deux ans après la catastrophe de Tchernobyl, il reste encore beaucoup à faire en matière d’information.

Une fuite sur le circuit primaire peut être très grave car le cœur du réacteur doit être refroidi en permanence afin de maintenir la température à des niveaux compatibles avec la tenue des matériaux. Afin d’apprécier la gravité de ce qui s’est produit à Krsko, il est nécessaire de disposer d’un certain nombre d’informations. Aucune d’elle n’a été diffusée ni par les autorités slovènes, ni par la Commission européenne, ni par l’Autorité de sûreté nucléaire française. Le caractère totalement lacunaire et ininterprétable des informations disponibles n’a été mentionné par aucun responsable.

Aucune précision sur les circonstances de la détection de la fuite (suite à une alarme qui a bien fonctionné ou de façon fortuite parce que les opérateurs ont eu de la chance ?) ; aucune précision sur la quantité d’eau radioactive qui s’est échappée du circuit primaire – information pourtant essentielle – ni sur le délai entre le moment où la fuite s’est produite et celui où elle a été découverte (2,4 m3/h pendant 2 heures ce n’est pas beaucoup, pendant une semaine c’est très différent) ; aucune précision ni sur la nature, ni sur l’activité des radionucléides présents (ou plutôt des affirmations erronées sur l’absence de contamination de l’eau du circuit primaire : le réacteur de Krsko serait ainsi le seul réacteur au monde à avoir empêché tout phénomène d’activation, de corrosions, de microfissure au niveau des gaines des combustibles…). Le circuit primaire étant réputé non contaminé, aucune information n’a été évidemment donnée sur les caractéristiques radiologiques de l’eau, ni sur les rejets radioactifs liquides ou gazeux (phénomènes de dégazage). Précisons que l’eau du circuit primaire n’est pas confinée dans la cuve du réacteur comme certains articles l’ont indiqué et que le bâtiment réacteur n’est pas non plus un espace confiné puisqu’il est équipé de systèmes de renouvellement d’air et de cheminées de rejets).

Le protocole d’information ou d’alerte devrait imposer la transmission d’informations interprétables. Evidemment, des diagnostics approfondis prennent du temps mais il y a un minimum en deçà duquel on n’est plus dans le domaine de l’information. 24 heures après l’alerte on n’a toujours aucune information sur les caractéristiques radiologiques de l’eau qui s’est échappée du circuit primaire. Des informations plus précises commencent à circuler mais en dehors des systèmes officiels sans que l’on puisse en vérifier la validité. L’absence d’information fiables est susceptible de conduire à des alertes injustifiées ou, plus grave, à l’absence d’alerte alors que la situation le justifie.

En 1986, en France, les services officiels (SCPRI) affirmaient qu’aucune élévation significative de la radioactivité de l’air ne s’était produite et diffusaient des chiffres sous-évaluant d’un facteur 100 à 1000 la réalité des dépôts radioactifs sur le sol… et la chaîne alimentaire. Sur la base de ces informations erronées, le ministère de l’Agriculture concluait que le territoire français avait été totalement épargné par les retombées radioactives.

Aujourd’hui, on est encore confronté à la dissimulation des informations nécessaires à l’évaluation de l’incident et à la diffusion d’informations erronées : des représentants des autorités slovènes affirment par exemple que l’eau du circuit primaire est totalement dépourvue de contamination.

A cela s’ajoutent les dysfonctionnements dans le système d’alerte (signalement d’un exercice au lieu d’un incident réel) ce qui aurait pu retarder la mise en œuvre des contrôles ou des mesures de protection de la population si elles avaient été nécessaires.