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Accueil du site / Presse / L’Île de Sein, vitrine du développement durable

Ouest France - 28 juillet 2008

Lampes basse tension, frigos moins gourmands en watts, robinets hydroéconomes : les Sénans deviennent de parfaits éco-citoyens. Ils invitent les touristes à suivre leur exemple.

Dix heures sonnent au clocher de l’église de Sein (Finistère). Comme chaque matin, à la même heure, l’Enez Sun III déverse une petite armada de touristes sur les quais. La plupart se contenteront de passer une demi-journée sur l’île. Mais quelques-uns ont fait le choix d’y séjourner à l’hôtel, en gîte ou chez des proches. Ils grossiront provisoirement la population permanente des Sénans : une centaine d’âmes, l’hiver ; deux cent cinquante aux beaux jours. « Au plus fort de l’été, on compte parfois quinze cents personnes dans notre petit paradis », évalue à la louche le maire de Sein, Jean-Pierre Kerloc’h.

Au fait, comment fait-on pour fournir l’électricité nécessaire aux besoins de cette communauté humaine ? Car l’île n’est pas raccordée au réseau EDF continental. Impossible de tirer un câble sous-marin de huit kilomètres : il danserait la gavotte dans le raz de Sein, lorsque les courants organisent un méchant tumulte autour du phare d’Ar-Men. Alors, chaque année, l’île doit importer 400 000 litres de fioul, afin d’alimenter trois groupes électrogènes sans lesquels les Sénans vivraient comme au XIXe siècle. Des groupes qui fabriquent du courant, certes, mais qui permettent également de désaliniser l’eau de mer. Il va sans dire que leur fonctionnement n’est pas sans conséquences sur l’environnement. D’où l’élaboration d’un programme spécifique de maîtrise de l’énergie, dont la première phase vient de s’achever. « Grâce à des aides publiques (1), on a installé 750 ampoules basse consommation, changé cent frigos et congélateurs pour les remplacer par d’autres moins gourmands en énergie, et placé 326 économiseurs d’eau chez les particuliers », explique Jean-Pierre Kerloc’h. Résultat tangible : 15% d’économie de kilowatts !

« Je me lave les mains avec l’eau qui a rincé les légumes... »

Devenus des écocitoyens, les Sénans ont adopté facilement de nouvelles habitudes. « Je ne laisse jamais mon ordinateur et ma télé en veille », témoigne Claudie Pichavant. « Chez moi, je me lave les mains avec l’eau qui a rincé les légumes. Elle finit sur les plantes du jardin », ajoute Joseph Fouquet, revenu à Sein pour y couler sa retraite. « Moi, je dégivre fréquemment mon frigo, car le givre crée une isolation qui génère jusqu’à 30% de consommation supplémentaire », renchérit le maire. Il ajoute, confiant : « Si on veut que cette île demeure le petit paradis qu’elle est, il faut poursuivre l’effort. » Pour que demain Sein demeure une « vitrine du développement durable », il est question de couvrir des toits avec des panneaux photovoltaïques et de planter des éoliennes.

« L’objectif, c’est -40% de consommation d’énergie », dit le directeur de l’Ademe, Gilles Petitjean. Objectif tenable. En attendant, Sein engage une campagne de communication pour convertir les vacanciers aux vertus de l’écocitoyenneté. « S’investir au quotidien pour mon île », rappelle, de panneau en panneau, que le petit caillou d’un demi-kilomètre carré est bien, en effet, un bijou à protéger.

Alain GUELLEC.

(1) Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), Région et département du Finistère ont mis la main au portefeuille.